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Du 5 au 7 février 2018, Journées thématiques "De l’humanité de l’humain dans les arts"

publié le , mis à jour le

Les 5 et 6 février 2018, de 9h30 à 18h20
Deux journées thématiques à l’École Supérieure d’Art d’Aix-en-Provence
(1 Rue Emile Tavan, Aix-en-Provence)
+
Le 7 février 2018, de 9h30 à 17h
Une journée d’étude à la faculté des Arts Lettres Langues et Sciences Humaines,
Aix-Marseille Université
(salle de colloque 2, Pôle multimédia, 29 Av. Robert Schuman, Aix-en-Provence)

■■■■■ De l’humanité de l’humain dans les arts ■■■■■

Qu’est ce que l’humain ? Qui est-il ? Comment le rencontre-t-on ? Comment faire sa connaissance ? Les arts et les artistes peuvent-ils nous guider vers "l’humanité de l’humain" ? Peuvent-ils nous dire sa valeur, ses enjeux ?

L’organisation de ces journées est le fruit d’une collaboration :
- Laboratoire Perception Représentations Image Son Musique (FRE 2006, AMU – CNRS)
- École Supérieure d’Art d’Aix-en-Provence
- COMUE Université Paris Lumières (dans le cadre du projet de recherche “L’humain impensé : débats et enquêtes”)

contact : metais(_arobase_)prism.cnrs(_point_)fr, levanphu(_arobase_)prism.cnrs(_point_)fr

livret des journées HHA

■ Lundi 5 février, École Supérieure d’Art d’Aix-en-Provence ■

9h30 : Accueil

_____ Pierre Cassou-Noguès (Université Paris 8) _____

Les robots compagnons et leurs étranges relations aux humains

10h20 - 11h10, l’amphithéâtre

Je m’intéresserai à des nouvelles formes de couplage entre l’humain et la machine à partir de plusieurs exemples dans les arts contemporains. Je voudrais montrer que, par de-là l’alternative entre un paradis où les humains sont délivrés d’un travail confié aux machines, et des dystopies qui montrent l’asservissement des humains à des machines autonomes, c’est surtout l’aberration qui ressort de ce couplage contemporain entre l’humain et la machine, et qui pose alors le problème de savoir ce que c’est que de rester humain en compagnie d’une machine.

Pierre Cassou-Noguès est professeur de philosophie à l’université Paris 8. Ses travaux récents concernent les relations entre imaginaire et rationalité. Il a notamment publié : La mélodie du tic-tac ( 2nde éd. Marabout, 2017), Les cauchemars cybernétiques de Norbert Wiener (Seuil 2014), Métaphysique d’un bord de mer (Cerf, 2016)

_____ Yannick Butel / Evelise Mendes (Aix-Marseille Université) _____

Compacité, dissimultanéité et théâtralité de l’humanité

11h30 - 12h20, l’amphithéâtre
 
Parler de « l’humanité de l’humain dans les arts »... Parler, notamment, des pratiques théâtrales « d’aujourd’hier » comme l’écrit Henri Meschonnic quand il commente notre modernité complexe, notre actualité quotidienne.
Au prétexte d’un dialogue, précédé d’une note liminaire, Evelise Mendes et Yannick Butel s’entretiendront sur les théâtralités. Dialogue entre une metteur en scène, doctorante en arts de la scène, et un théoricien de la scène qui conduira l’un et l’autre à penser les conditions de la présence de « l’humanité de l’humain », mais aussi sa difficile évolution ou mutation eu égard à l’institutionnalisation de cet art. Compacité, dissimultanéité, théâtralité, espaces, mémoires... C’est autour de ces notions et de ces concepts que leur dialogue prendra forme afin d’explorer les limites et les réductions qui frappent la représentation de "l’humanité de l’humain" dans les pratiques théâtrales, tant du côté des créations que du point de vue de la réception.

Yannick Butel est critique et dramaturge, Professeur des universités en Arts de la scène et en médiation culturelle de l’art à l’université d’Aix-Marseille. Responsable du PhD Track franco-allemand Hildesheim/Aix-Marseille en Kulturvermittlung/médiation culturelle de l’art. Responsable de la mention de Master Arts. Auteur pour différentes revues, il a publié différents ouvrages Essai sur la Présence au théâtre, l’effet de cerne I (2001) et Vous Comprenez Hamlet, l’effet de cerne II (2004), Regard Critique (2009), Gao Xingjian : Théâtralités de l’apparition (2015), Les Cahiers de la République (2016) et, en collaboration avec Silvia Fernandes Théâtres brésiliens, Manifestes, mises en scène, dispositifs (2015). Il a collaboré et a participé à la réalisation de l’ouvrage consacré à Claude Régy, CNRS-éditions (2008). Il est Directeur de la série « Scènes », collection Arts, aux Presses Universitaires de Provence et dirige la revue Incertains Regards. Il est aussi co-fondateur de l’Insensé (plateforme numérique de critique en ligne sur les arts vivants). Au cinéma, il a réalisé un documentaire Acteurs de cristal, Valérie Dréville (2013). Ainsi que le court métrage La Fabrique du spectateur (2014).

Evelise Mendes, metteure en scène et comédienne des pratiques scéniques de la rue. Doctorante en cotutelle en Arts du spectacle (arts de la scène) à l’Université d’Aix-Marseille et l’Universidade Federal do Rio Grande do Sul (UFRGS-Brésil), rattachée au Laboratoire d’études en sciences des arts (LESA, EA3274).

_____ Antoni Collot (Aix-Marseille Université) _____

Humanisme apophatique : Eloge de la vasectomie & éthique minimale

14h00 - 14h50, l’amphithéâtre

De l’affiche exposée en 1970 par l’artiste belge Jacques Lizène qui souhaite en finir sans douleur avec l’humanité en subissant :
« (…) volontairement, la stérilisation par VASECTOMIE. »
aux usages esthétiques de l’éthique minimale importée en France par le philosophe Ruwen Ogien, l’humain et son miroir humaniste sont mis à mal par des formes d’art aux accents pyrrhoniens. Il sera question d’arpenter ce territoire esthétique que je nomme humanisme apophatique et qui est un des possibles du déploiement de la licence poétique propre à l’art : rien de moins - via le moins que rien - que de l’émancipation de l’humain par lui-même.
J’essaierai de répondre aux questions : 1. que se passe-t-il si je vis sans valeur-s ? 2. le puis-je ? Entendu que « sans valeur-s » inclut la/les valeur-s esthétique-s auxquelles j’accorderai mon attention. 3. Est-il possible de vivre une relation post-esthétique au monde sans sortir de facto de l’humanité ?
Ma communication sera de nature performative. Il s’agit d’intervenir en tant qu’artiste dans des cadres institutionnels et d’y produire une communication de manière abductive (dans une dynamique épistémique peircienne, l’abduction est, avec la déduction et l’induction, une des inférences, particulièrement celle qui est active dans les processus de mise au jour par sérendipité, je pourrais la nommer méthode ou esthétique du Oups... Ah ! Ouais.) et poétique (entendu que j’y suis, selon la formule de Lautréamont, le parapluie sur la table de dissection). Il s’agit aussi de mettre en œuvre (je pèse mes mots) une réflexion (là encore) sur les conditions esthétiques d’avènement et de transmission des savoirs et de la recherche (frontalité, Powerpoint, captation vidéo, petites bouteilles d’eau, etc. comme accessoires et costumes de la scène épistémologique mondialisée). Quelques grèves sont donc prévues dans les rouages communicatifs.

Antoni Collot artiste « minimaliste machiavélique », agrégé et docteur qualifié aux fonctions de maitre de conférences en arts, enseigne pratique et théorie de l’art contemporain à l’université d’Aix-Marseille. Il est le président et unique membre de l’International Faon Club Off Jacques Lizène sur les cimaises duquel il expose (FIAC, galerie Nadja Vilenne, MuKHA - Muséum voor Hedendaagse Kunst Antwerpen -, Art Forum Berlin, Passage de Retz, ...) quand il n’expose pas sur les siennes (Centro de Arte Contemporáneo de Quito, Brussel Art Fair, Ferme du Buisson, galerie Michel Ray, ...). Ses pratiques artistiques, cinématographiques et interventions théoriques s’orientent vers une esthétique néopragmatique (rortienne) par méthode apophatique (par négation), ou pas.

_____ Vincent Lecomte (Université Jean Monnet, Saint-Étienne) _____

L’animal : art du détour, art du retour. Des formes d’éthologie plastique

14h50 - 15h40, l’amphithéâtre

Convoquer l’animal – sa figure, son statut, son rôle, sa présence, son point de vue – permet à de nombreux artistes d’atteindre l’humain, autant par son extériorité que depuis son intériorité. En jouant avec l’anthropomorphisme et les rapports paradoxaux de l’homme à l’animal, et en tentant de les déjouer, « voir » l’animal dans l’homme consiste aussi à essayer de saisir ce qui fait l’humanité de l’homme. Michel Surya, par le biais du mot « humanimalité », transcrit ce qu’il perçoit dans les possibles de l’hybridation : un moyen d’envisager et d’accepter « l’inéliminable animalité de l’homme ». Il remarque que dans l’animal humain réside une irréductible singularité : « nul n’a pu faire, pas même ceux qui ont imaginé exterminer des hommes, et de les exterminer comme des bêtes, que ce qui avait dû revêtir les traits des bêtes ne continue pas de penser en hommes. Ne continue pas de penser l’homme 1 . » Quelle est alors cette humanité qui, plus encore que de définir, ou même de constituer l’homme, le pense ? Et en quoi un art qui confronte l’homme et l’animal, jusqu’à les fondre ou les confondre, peut-il également réussir à l’exprimer ? Convoquer l’animal, s’y rapporter, ou s’en remettre à lui, permet aussi de déconstruire les représentations humaines, les modes mêmes du penser humain. Revenant au sens originel d’abbau, « décomposition » ou « déconstruction » en français (notion qui appartient surtout à la phénoménologie d’Husserl, et qui désigne davantage une action qu’un évènement), peut-être faudrait-il voir, dans la prise en compte du point de vue animal par l’art, l’avènement, sans cesse réitéré, d’une des formes d’action détachée du discours, mais non pas de cette « pensivité 2 ». Devant l’animal, qui met « en œuvre » des actions permettant de penser hors – en deçà ou au-delà – de la sphère ou de la contrainte du logos humain, l’homme se retrouverait-t-il soudainement seul, hors-champ ? Ou bien cette confrontation décidée est-elle pour lui l’occasion de s’envisager et, partant, d’envisager différemment sa relation au reste du vivant ? Trois exemples seront étudiés ; trois études comportementales fondant une éthologie plastique capable d’atteindre l’homme à travers l’animal. Joseph Beuys, d’abord, et sa performance I like America and America likes Me, de 1974, dans laquelle l’artiste allemand dialogue avec un coyote extrait de son milieu naturel. Au-delà de la confrontation qu’on pourrait croire inspirée d’une expérience éthologique, Beuys aborde, par ce face-à-face, et par le retour à une confrontation essentielle, des enjeux politiques, de pouvoir, de prédation, dont l’homme est pleinement le dépositaire. Oleg Kulik, ensuite, et une série de performances qu’il a entamée au début des années quatre- vingt-dix, Mad dog, par laquelle l’artiste russe, nu, incarnant « fidèlement » un chien sur la défensive, cherche à interpeller, réveiller une société – occidentale – confortablement installée dans son humanité, et dont il se sent, telle une bête, exclu. Enfin, Pierre Huyghe, qui, en mettant en scène, dans une vidéo, (Untitled) Human Mask (2014) un singe masqué et habillé en fillette – mais ne la singeant justement pas –, permet de toucher du regard ce qui fait l’homme : ce qui, par ce détour animal, se retourne, « nous regarde », pour nous dévisager.

Vincent Lecomte est chercheur, enseignant et artiste. Docteur en esthétique et sciences de l’art, il est membre du Centre Interdisciplinaire d’Études et de Recherches sur l’Expression Contemporaine et chargé de cours au département Arts plastiques de l’université Jean Monnet de Saint-Étienne. Sa thèse, « Un Penser animal à l’œuvre », étudie les différentes façons dont l’art convoque l’animal pour mettre en évidence d’autres consciences possibles du monde. Sa pratique artistique est un laboratoire permanent dans lequel le dessin, la composition sonore et l’image animée contribuent à alimenter une recherche qui se traduit et se produit sous la forme d’accrochages, d’installations, de projections ou de concerts. Parmi ses publications récentes, on peut citer : « Dans l’œil de l’animal mort, manifestations d’une conscience fantomatique » (Missile n°4, 2016), « Matthew Barney : la baleine-usine, un territoire industriel mouvant » (Presses Universitaires de Saint-Etienne, 2015), ainsi qu’un recueil de textes et dessins, Les Mondanités (Arch’libris, 2016).

_____ Christine Esclapez (Aix-Marseille Université) _____

La sémioéthique : de l’altérité et de la rencontre en Arts, amphithéâtre

16h - 16h50, l’amphithéâtre
Située dans le champ de la philosophie du langage, la linguistique générale et la sémiotique mais également dans celui de la philosophie des sciences, la sémioéthique est associée aux travaux des chercheurs italiens Susan Petrilli et Augusto Ponzio (2003, 2010). Compte tenu de ce vaste territoire épistémologique, le cadre théorique à partir duquel la sémioéthique s’élabore est un confluent de plusieurs sources dont les principales sont les travaux linguistiques et scientifiques de Charles Sanders Peirce, de Thomas Sebeok et de Roland Barthes, mais aussi les recherches philosophiques de Mikaïl Bakhtine et de Emmanuel Levinas.
Comme le soulignent Petrilli et Ponzio, la sémioéthique n’est pas une nouvelle branche de la sémiotique mais une « attitude » philosophique face au monde des signes qui ne cesse de s’élargir et de se diversifier : les textes, objets, pratiques et interactions sociales qui représentaient les principaux « objets » de la sémiotique générale sont progressivement remplacés par des formes de vie multiples, des créations partagées et numériques, des cyber-réseaux et plateformes immersives qui rendent d’autant plus complexes nos façons de « faire signe » et de « faire sens ». Discipline concernée par l’amélioration de la vie en société et la question des valeurs de l’existence, la sémioéthique est fondamentalement préoccupée par l’Autre. La sémioéthique est une invitation à pratiquer avec curiosité le monde des signes, hors des conventions et des jugements de valeur. Une invitation à pratiquer, en live, la rencontre.
Si la sémioéthique peut être comprise comme une exploration et une description des signes, elle est surtout une pratique, un savoir-faire dont l’enjeu éthique en est la source. Cette pratique s’appuie sur quatre « cairns » conceptuels : l’attention, l’écoute, la signification et l’interprétation.
À partir de la présentation de la sémioéthique et de chacune de ces quatre notions nous dessinerons le territoire d’une sémiotique des Arts partant des pratiques plus que des corpus constitués et des textes achevés.

Christine Esclapez est Professeure des universités en Sciences du Langage Musical à l’Université d’Aix-Marseille. Elle rejoint actuellement le projet PRISM CNRS FRE 2006 [Perception Représentation Image Son Musique], autour des interactions Arts/Science.
Page personnelle : http://www.prism.cnrs.fr/spip.php?article39

_____ Muriel Piqué (Aix-Marseille Université) _____

Un terrain de jeu et de présence : une expérience de l’alterité et de la rencontre

16h50 - 18h20, Théâtre Nô

La conscience de son altérité est à la source de toute interprétation en danse contemporaine.
« Des hommes et des femmes qui dansent » avait coutume de dire Dominique Bagouet1 en parlant de ses interprètes. Lorsque je suis entrée comme simple danseuse stagiaire au sein de la Cie Bagouet, Centre National Chorégraphique de Montpellier, le premier atelier que Dominique Bagouet nous a proposé, aujourd’hui j’en ai conscience, mettait essentiellement en jeu la rencontre : de soi, de l’autre, et de sa conception de l’écriture chorégraphique. Selon Dominique Bagouet, faire l’expérience de l’alterité reposait sur faire l’expérience de l’état neutre du corps en mouvement.
Lorsque la neutralité devient potentialité, la présence singulière de chaque danseur, chaque homme et chaque femme qui danse, apparaît dans toute sa différence ; et les rencontres ont lieu. La lisibilité de l’écriture chorégraphique dépend de la qualité de présence que déploie l’interprète. Un même signe peut ainsi prendre de multiples sens à partir des différentes corporéïtés qui l’incarnent, tout en le rendant pareillement lisible.
C’est depuis ma pratique artistique, que je réponds à cet appel à communications en direction des journées thématiques « De l’humanité de l’humain dans les arts ». Une proposition en acte : faire l’expérience de la rencontre avec l’Autre, en traversant un parcours marché dans l’espace, conçu par Dominique Bagouet. Un terrain de jeu et de présence qui prend forme à deux, conduit par des consignes orales précises. Il est question de tracer l’espace : une expérience d’écoute, de clarté, de confiance, d’aplomb et d’allant également, etc.

(extrait)
• Je marche jusqu’à la hauteur de mon partenaire pour m’arrêter en même temps que lui [...]
• Je regarde l’espace qui nous sépare et j’en détermine le centre, à partir duquel j’imagine 1 cercle qui passerait par nos 2 corps
• Sans quitter des yeux ce point, au centre, je marche sur les bords de notre cercle imaginaire, et viens prendre la place de mon partenaire
• Je lève mon regard dans la direction de mon corps
• En conservant le regard dans cette direction, je fais un grand pas en arrière de la jambe gauche suivi d’1⁄4 de tour
• Toujours en conservant le regard dans la même orientation, je traverse le cercle imaginaire, croise mon partenaire, et m’arrête sur le bord opposé [...]

Cette expérience en acte prend particulièrement sens au regard des travaux de recherche de Christine Esclapez sur la sémioéthique.

Entre 1988-2002, Muriel Piqué s’est formée à la danse contemporaine au CNDC d’Angers, et débute sa carrière d’interprète auprès de D. Bagouet d’abord comme danseuse stagiaire, puis danse avec plaisir auprès de J-P. Perreault (Montréal – Québec), M. Berns (Caracas – Venezuela), B. Glandier, O. Farge, etc. De 1999-2014, elle est chorégraphe de la Cie comme ça. Depuis 2005, elle est régulièrement invitée à mettre en partage ses outils de composition et d’exploration du mouvement, concevoir des modules de formation de formateurs, au sein de lieux/structures/établissements dédiés à l’enseignement artistique des arts de la scène, de la performance et du cirque. En 2015, elle obtient un Master « Education et formation » au sein d’un département Sciences de l’Education de l’AMU spécialisé dans spécialisé dans la recherche sur les théories de l’évaluation et l’analyse des transmissions de savoir-faire. En 2017, elle s’engage dans un doctorat « Pratique et Théorie de la création artistique » sous la co-direction de Christine Esclapez (musicologue) et Annie Abrahams (net-artiste).

■ Mardi 6 février, École Supérieure d’Art d’Aix-en-Provence ■

_____ Sylvie Coëllier (Aix-Marseille Université) _____

L’animal humain

9h30 - 10h20, l’amphithéâtre

A partir du jour où Josef Beuys a introduit un lièvre mort au cours de sa première action (janvier 1963), c’est-à-dire un animal exposé et non représenté au moyen d’une image, la question de la valeur de l’animalité dans l’humain s’est déclarée en art. Certes la ressemblance anatomique du corps humain avec celui des mammifères – et des oiseaux - avait été reconnue de longue date, depuis la préhistoire certainement, mais aussi chez les Grecs, et à la Renaissance. Mais peu après la société occidentale s’est évertuée à séparer l’homme de son corps animal en fondant deux concepts séparateurs, nature et culture, comme l’a analysé très précisément Philippe Descola. En exposant le corps animal, mort ou vivant, un certain nombre d’artistes contemporains nous mettent en présence réelle de cette séparation, et de notre appartenance au monde naturel. La polysémie étant la richesse de l’art, l’animal prend des significations en tant que présence vivante ou morte, autre semblable devant nous, mais aussi en tant que multiples métaphores de notre humanité. Nous analyserons plusieurs œuvres travaillant à nous délivrer ce faisceau de significations, et en particulier, la présence du porc vivant dans l’œuvre de Carsten Höller et Rosemarie Trockel (Documenta 1997) et de Wim Delvoye…

Sylvie Coëllier est professeure en Arts Plastiques et Sciences de l’Art à l’Université Aix-Marseille. Au sein du Laboratoire d’Études en Sciences des Arts (EA 3274) elle dirige l’axe de recherche "Constructions de l’imaginaire actuel à travers les arts". Dans ses recherches, elle développe une approche théorique et historique de l’art récent, et en particulier concernant les installations,la sculpture, les performances, la vidéo. Elle interroge l’impact des médias, de la technologie et de la mondialisation sur l’art et sur les conceptions des artistes. Elle est également responsable de la collection ARTS aux Presses universitaires de Provence.

_____ Fabrice Métais (Aix-Marseille Université) _____

L’autre-monde

10h20 - 11h10, l’amphithéâtre

L’autre en tant qu’autre se révèle dans le creux de l’apparition du monde, dans l’expression du visage d’autrui, dans le désir qu’il inspire. C’est ce que nous apprend la phénoménologie/éthique d’Emmanuel Levinas. Entre le monde et l’autre, une hétérogénéité radicale. Et pourtant, les structures de l’un sont comme en prise sur l’altérité de l’autre : l’intrigue se réalise comme un ensemble complexe de relations à des personnes individuelles, séquencée par les rythmes du cosmos et des horloges. Notre démarche de recherche situe l’enjeu de ses investigations au lieu de cette intrication de l’altérité dans les structures de l’être. Certaines stratégies et gestes éprouvés par les pratiques artistiques contemporaines - notamment à travers leurs dimensions performatives et relationnelles - sont ici mobilisés pour l’exploration de cet autre-monde, hybride de désir et de forme. Nous formulerons l’hypothèse suivant laquelle, s’il fallait chercher une dimension proprement humaine du sens, elle tiendrait au fait que la signifiance de l’amour trouve, pour notre espèce, sa caisse de résonnance dans une corporéité externalisée, augmentée d’outils et de culture.

Fabrice Métais est enseignant-chercheur et artiste, Maître de conférences en Arts Plastiques à l’Université Aix-Marseille. Membre du laboratoire PRISM (Perception, Représentations, Image, Son, Musique FRE 2006, AMU-CNRS), ses recherches portent sur l’expérience du rapport à l’autre, à travers une approche de type phénoménologique, concernée par l’augmentatioon technologique des corps. Il est également responsable pédagogique du parcours "création Numérique" du master ARTS de l’Université Aix-Marseille.

_____ Anna Szyjkowska-Piotrowska (Fryderyk Chopin University of Music) _____

La plasticté de l’humanisme dans les arts plastiques et la musique

11h30 - 12h20, l’amphithéâtre

La plasticité semble être une caractéristique de l’humanisme qui est une notion échappant aux définitions rigides. La notion de « plasticité » apparaît chez Georg Wilhelm Hegel1 et trouve son développement philosophique dans la pensée de Catherine Malabou qui souligne son application interdisciplinaire dans la philosophie, l’art et les sciences exactes ou la médecine. Malabou décrit la notion de manière suivante : « Le pays natal de la plasticité est le domaine de l’art. Le plastique caractérise en effet l’art du modelage, et en premier lieu le travail du sculpteur. [...] Or, par extension, la plasticité désigne l’aptitude à la formation en général, au modelage par la culture, l’éducation. La plasticité caractérise encore la souplesse (plasticité du cerveau) ainsi que la capacité à évoluer et à s’adapter »2.
Néanmoins, malgré cette capacité d’adaptation, les perspectives du destin de l’humanisme ne sont pas évidentes si on prend en considération les tendances contemporaines (surtout dans la philosophie et la sociologie) de décentraliser le rôle de l’homme dans l’univers de la nature et de la culture. Les mouvements comme l’anti-humanisme ou le réalisme spéculatif peuvent servir d’exemple. La question de savoir s’il existe la possibilité de remodeler l’humanisme dans une nouvelle constellation des concepts et des idées – revisitées surtout au tournant du XX siècle, pourrait être posé à travers l’observation et l’analyse des expressions artistiques d’une part et des écrits philosophiques d’autres part.
Le premier point pour la réflexion serait alors cette rupture avec la tradition que nous voyons réalisée dans les avant-gardes dans les deux domaines de l’art soumis aux principes humanistes – la peinture et la musique classique. La peinture et la musique classique étant considérées comme locus privilégié des expressions du paradigme humaniste, c’est aussi naturellement en elles que la rupture apparaît.
L’observation des phénomènes contemporains – constituera le point d’arrivée. Les notions de la beauté, subjectivité, unité, identité, sens, anti-représentation et sérialité – qui ont été observées dans leurs échanges, transferts et migrations entre les domaines de la musique, de la peinture et de la philosophie – vont être observés dans le genre du portrait et les phénomènes d’actualité autour de ce genre – notamment le portrait numérique. Cela permettra de poser la question de la plasticité de l’humanisme dans un genre d’une part situé à l’épicentre du paradigme humaniste, d’autre part un genre changeant de manière spectaculaire, perturbé par le discours philosophique, les changements dans la réalité, les nouveaux médias et – ce qui suit – les nouvelles stratégies de construction de sa propre identité.

Anna Szyjkowska-Piotrowska, est philosophe de la culture et linguiste. Ses recherches concernent en particulier l’esthétique (arts visuels et musicaux) et la philosophie politique. Elle enseigne au sein de la Chaire d’Humanités à l’Université de Musique Frédéric Chopin de Varsovie et aux Beaux-Arts de Varsovie. Elle est l’auteure et la traductrice de nombreux articles, ainsi que d’un livre, Post-face, sur l’identité humaine dans la culture contemporaine.

_____ Florence Pazzottu (Poète et cinéaste, Marseille) _____

Frères numains

14h00 - 14h50, l’amphithéâtre

Tout poème est toujours adressé, est une adresse à n’importe qui. Cette affirmation d’Ossip Mandelstam doit être tenue et réaffirmée fermement dans l’opacité particulière de l’époque, la nôtre, où il devient à la fois de plus en plus difficile et vital de s’opposer à la langue de la « com. » et à la construction des murs, de dénoncer les effets réels dans la langue et les effets de langue dans le réel d’une propagande visant à justifier l’enfermement des hommes tout en garantissant la libre circulation des marchandises au bénéfice exclusif de quelques-uns. Le poème alors — point d’exception par quoi se découvrent les ressources des langues et la puissance du langage, notre commun, — peut devenir à la fois le témoin et l’opérateur par lequel s’éprouve aussi, âprement, vivement, la nécessité d’inventer un monde qui soit pour tous.

* Frères numains est le titre d’un livre paru chez Al Dante en 2016, avec une postface de Bernard Noël

Poète et cinéaste, Florence Pazzottu a publié une douzaine de livres chez différents éditeurs (Al Dante, Flammarion, Seuil, l’Amourier...), a réalisé une série d’installations video-poétiques — auxquelles deux expositions ont été consacrées, à la galerie la Traverse à marseille en 2014 et au Vélo-Théâtre d’Apt en 2016, sous le titre "Open poème en sept courts" —, deux poèmes scéniques (dont l’un avec la metteure en scène Aurélie Leroux) — joués aux Bancs publics et au théâtre des Bernardines, à Marseille, aux Rencontres à l’échelle, aux Informelles et à Actoral, en 2011 et 2013, et plusieurs films dont, dernièrement, Trivial poème (20 min), tourné à Beyrouth et sélectionné au FID dans la section "écrans parallèles / histoires de portrait" en juillet 2017. Elle collabore à de nombreuses revues et participe régulièrement à des lectures, rencontres ou festivals, en France et à l’étranger. Elle est actuellement en résidence au Service université culture de le l’université de Clermont-Ferrand et auteur associé à la Compagnie des Guêpes rouges pour l’écriture d’un Stand up avec l’actrice congolaise Alvie Bitemo (mise en scène Rachel Dufour).

_____ Aurore Mréjen (Université Paris Diderot) _____

L’expression de l’humanité de l’homme au cinéma : la représentation du visage et du corps

14h50 - 15h40, l’amphithéâtre

Comment l’humanité de l’homme s’exprime-t-elle au cinéma ? Quelle est la singularité du langage cinématographique pour représenter le comportement de l’être humain, ses choix moraux, ses relations avec les autres ? Cette communication propose d’aborder ces questions en s’intéressant à la représentation du visage et du corps, leur particularité dans l’expression de la dimension morale et politique de l’individu.
En partant des analyses de Maurice Merleau-Ponty sur le cinéma, qu’il décrit comme l’art le plus à même de nous donner accès au comportement de l’homme et à sa manière d’être au monde, il s’agira d’abord d’interroger l’influence du cadre, du gros plan, du montage, du son, ou encore de la musique, dans la rencontre cinématographique avec autrui. Puis seront examinés plus particulièrement deux aspects de l’existence humaine et de son expression filmique : le regard des autres et le rapport à soi. Le premier sera exploré à travers les films de Chaplin, en résonnance avec l’analyse du paria chez Hannah Arendt et sa description du personnage de Charlot comme la caricature du « suspect », toujours pris pour des actes qu’il n’a pas commis. Le second sera abordé avec l’œuvre de Bergman, en particulier Persona (1966), et s’intéressera à la question du masque, par référence aux analyses de Levinas sur le visage.
Si la gestuelle et l’expression du corps sont constitutives du personnage de Charlot, Bergman affirme que « la possibilité de s’approcher du visage humain est sans doute la qualité première et la qualité distinctive du cinéma ». Ses gros plans en révèle le dénuement et font de ce point de vue écho à la description lévinassienne, malgré la position critique de Levinas à l’égard de la représentation artistique, qui figerait autrui et ne permettrait pas d’accéder à son altérité. Bergman offre en effet à bien des égards une expression cinématographique à la nudité du visage, qui perce derrière le masque du personnage.

Aurore Mréjen est docteure en philosophie, chercheuse au Laboratoire de Changement Social et Politique (EA 7335) de l’Université Paris Diderot. Elle est notamment l’auteur de l’ouvrage La figure de l’homme. Hannah Arendt et Emmanuel Lévinas (Paris, Éditions du Palio, 2012), ainsi que la réalisatrice du film Sur les traces du visage (45’), film documentaire sur la transplantation faciale, (2015, COSTECH / Institut Faire Faces). Elle enseigne en sociologie et philosophie politique à l’Université Paris Diderot.

_____ Pascal Cesaro / Leila Delannoy (Aix-Marseille Université) _____

Expérimenter en prison : l’oeuvre transformative comme lieu des possibles ?

16h00 - 16h50, l’amphithéâtre

« Tant que l’art restera le salon de beauté de la civilisation, ni l’art ni la civilisation ne seront en sûreté. » John Dewey
Le projet Anima* porté par l’association Lieux Fictifs est une expérience artistique de transformations sociales et de création partagée dans laquelle l’art n’existe que le jeu permanent de négociations intersubjectives d’une pluralité d’acteurs qui y participent, et qui font l’épreuve commune de transformations réciproques.
Dans ce projet artistique c’est jouée l’épreuve sensible et non sensationnelle de l’humanité, au creux d’un espace de recherche collaboratif sur le corps, les images, la mémoire mouvante à partir de la création d’œuvre transformative.
Des archives audiovisuelles et cinématographiques sont utilisées pour tenter de mettre en travail des fragments d’histoire, collective et personnelle, émancipées de leur ancrage initial, pour dégager des représentations de chacun sur le monde qui se dévoilent et se faisant se transforment, tout autant que les représentations de soi.
Ce processus de création à partir des images d’archives, dans sa dynamique de subjectivation et d’intériorisation, ne touche pas l’individu de manière sectorisée, parce qu’il participe pour un temps à ce projet, parce qu’il est détenu, ou étudiant en cinéma, ou tout autre statut. Il attrape l’individu dans la singularité de ses rapports émotionnels et physiques aux images pour mieux le ramener, à rebours de toute logique individuante et dans l’essence collaborative du dispositif proposé, à sa condition humaine.
Ainsi nous questionnerons à travers cette expérience comment la frontière devient alors l’espace du passage, de la porosité, de l’altérité ? Comment, de l’intérieur de la chair confrontée à l’image, se fabrique la plus haute considération du politique, dans la déconstruction de formes multiples d’essentialisation-naturalisation des habitudes de pensée, d’action et d’organisation ? En quoi l’expérience artistique génère-t-elle des mutations relationnelles et une pluralisation des schèmes d’action  ?

* Projet artistique collaboratif mené de 2014 à 2016 par Lieux Fictifs avec plusieurs artistes (dans le cadre d’un programme de coopération européenne Erasmus +), avec le soutien de l’INA. Extrait du film : Nous sommes des personnes détenues et des personnes de la société civile, nous sommes jeunes, adultes et vieux. Acteurs et témoins de nos rêves, de nos désirs et de nos réalités, nous avons pris le risque de nous déplacer à la frontière des temps et des territoires, pour inventer ensemble un langage commun. Teaser du film : https://vimeo.com/173444116

Pascal Cesaro est maître de conférences en cinéma à l’université d’Aix-Marseille, responsable du master professionnel « Métiers du film documentaire » et réalisateur de plusieurs films. Il enseigne la théorie et la pratique de la réalisation documentaire. Chercheur au laboratoire Perception, Représentations, Image, Son, Musique (Aix Marseille univ, CNRS, PRISM, Marseille, France), il a soutenu en 2008 une thèse intitulée Le documentaire comme mode de production d’une connaissance partagée. Ses recherches interrogent l’usage du film comme outil de recherche en sciences humaines et sociales et ses activités se développent à travers des projets de recherche-création sur les pratiques cinématographiques qu’on peut qualifier de collaboratives et sur les manières de filmer le travail, notamment dans le champ de la santé.

Leïla Delannoy est docteure en sociologie, chercheuse associée au laboratoire de sociologie, philosophie et anthropologie politiques (SOPHIAPOL), Université Paris Nanterre. Elle a soutenu en 2017 une thèse intitulée « L’expérience artistique en prison. D’une triple inertie à l’expérimentation de transformations sociales » dans laquelle elle a analysé des processus artistiques de création partagée comme mise en mouvement et dépassement des inerties et frontières carcérales à trois niveaux indissociables : individuel, institutionnel et sociétal.

_____ Colette Tron (Alphabetville) / Patrick Portella (GMEM) _____

Le divers du monde, ou des poétiques et politiques de l’altérité

D’après l’ « Essai sur l’exotisme, une esthétique du divers » de Victor Segalen
16h50 - 18h20

Là où « le divers décroît » (Segalen), « le désert croît » (Nietzsche).

« Là est le grand danger terrestre, écrivait Victor Segalen. C’est donc contre cette déchéance qu’il faut lutter, se battre, - mourir peut-être avec beauté. »

Friedrich Nietzche rappelait que notre rapport à l’autre est toujours biaisé car fondamentalement tourné vers la propre satisfaction de nos désirs. Le respect véritable de l’autre n’existe qu’en maintenant une distance critique entre l’autre et soi.
Cette altérité, de quelque nature (ou culture) qu’elle soit, c’est le Divers selon Victor Segalen : « son véritable nom est l’Autre ». Tout autre. Divergent, différent, séparé, impénétrable, étranger. Mystérieux même. S’en réjouir !

A partir du renouvellement et de l’essentialisation de la notion, se peut embrasser la vastitude du monde, dans sa diversité et dans la variété des sensations, et l’on pourra « s’emparer de toutes les richesses sensorielles et intelligibles », s’embellir, se gonfler et se revivifier.
Car la sensation du Divers est entendue « comme partie intégrale du jeu de l’intelligence humaine », aptitude sensible que Segalen érigera en principe esthétique de sa/la connaissance du monde.

« Ceux-là qui sont aptes à la goûter s’en voient renforcés, augmentés, intensifiés. »
Et cette distinction, distance, différence entre sujet et objet, entre soi et l’autre, ou même soi comme autre, cet « exotisme », donne la liberté, et la possibilité, d’interpréter le monde, et par là-même de s’y relier.
Grâce à la sensation du Divers.
Segalen : « la Diversité merveilleuse ! la Diversité savoureuse ! »

Pour Segalen, il ne s’agit « par là que d’une chose mais immense : le sentiment que nous avons du divers ». D’où « une esthétique du divers ».

Si Victor Segalen (poète, médecin, ethnologue, archéologue) a travaillé à renouveler la notion du divers et la conception de l’altérité, Colette Tron et Patrick Portella mènent une recherche qui s’attache à les actualiser, et, par des éléments poétiques, à construire une représentation, un spectacle, avec toujours cette altérité déclinée. Et revitalisée.

Présentation, lecture, écoute, échange : tel un manifeste poétique et politique, la forme sera celle d’une ouverture à ce Divers.
A sa sensation et sa perception. A sa saveur.

Colette Tron est auteur, critique et directrice artistique de l’association Alphabetville. Elle s’attache à un travail d’auteur dans le champ de la poésie, en utilisant différents supports (du livre aux technologies numériques) et en questionnant leur fonction par des expériences de création spécifique à chacun d’entre eux. Elle collabore avec des artistes de différentes disciplines, en France et à l’étranger, lors d’ateliers, résidences ou festivals. Elle publie des textes de poésie en revue, et pratique la lecture publique et la performance en ligne.

Patrick Portella est auteur et compositeur, notamment au sein du Centre National de Création Musicale Gmem depuis 1981. Il participe au début des années 80 à l’émergence du mouvement Post-Moderne avec plusieurs compilations dont Miniatures (avec Gavin BRYARS, Michaël NYMAN, THE RESIDENTS...) et collabore avec Joseph RACAILLE pour Les flots bleus (Recommanded Records).
Depuis 1987, il s’intéresse tout particulièrement à la rencontre musique traditionnelle/musique contemporaine, aux textes parlés et chantés, à la conque marine, au théâtre musical. Plusieurs séjours à l’étranger pour écouter la langue et écrire après la tradition.

Co-réalisation : Alphabetville, A.M.I (Aide aux Musiques innovatrices), Montevideo

■ Mercredi 7 février, Faculté des Arts Lettres Langues et Sciences Humaines, Aix-Marseille Université ■

_____ Naoko Fukagai (Université Paris-Nanterre) _____

Levinas et la phénoménologie de l’art

9h30 - 10h20, salle de colloque 2

L’univers esthétique d’Emmanuel Levinas se caractérise par la transformation de la réalité. Pour lui, la séduction des œuvres d’art réside dans leurs descriptions immodérées et la matérialité des objets qui en résulte. De là le retour au fameux « il y a » qui est certes en lui-même l’expérience extraordinaire de l’anonymat. Cependant il existe dans ce renvoi un autre aspect extrême, c’est-à-dire l’apparition de l’altérité dans le sujet. Nous considérons cette idée comme le suc de sa phénoménologie de l’art ; car comme toujours, elle est pour lui le meilleur marchepied pour s’approcher de l’humanité de l’humain.

Naoko Fugakai est doctorante en philosophie IREPh Université Paris Nanterre.

_____Flora Bastiani (Université Toulouse 2 Jean Jaurès) _____

Soin et production d’images

10h20 - 11h10, salle de colloque 2

Le projet de cette présentation est de s’intéresser au statut de l’image dans la relation de soin, mais également à ses usages possibles. Dans les soins, interviennent fréquemment des images, que ce soit en vue du diagnostic ou dans l’espace de la consultation. Nous proposons de nous questionner sur leur usage : qu’il s’agisse de radiographie, de réglette d’évaluation de la douleur ou d’art thérapie, l’image intervient comme un intermédiaire non seulement entre autrui et moi, mais également entre moi et moi, permettant de mettre en perspective sa perception de soi-même. Il est à préciser que la plupart des références exploitées se référent au domaine de la psychiatrie, cependant cette scène n’est prise que comme un endroit de la relation soigné-soignant et les analyses que nous proposerons ne doivent pas être entendues comme relevant seulement de cette sphère particulière.

Flora Bastiani est enseignant chercheur à l’université Toulouse 2, co-responsable du Master Ethique du Soin et Recherche. Dernière direction d’ouvrage : Bergson, Jankélévitch, Levinas (Editions Manucius, collection Actualité de Levinas, 2017). Dernière publication : « Comment survivre ? Une approche phénoménologique de la situation de crise à partir d’Henri Maldiney et Gisela Pankow ». (Cliniques méditerranéennes n°96. 2017).

_____ Jean Vion-Dury / Gaëlle Mougin (Aix-Marseille Université) _____

« De la musique avant toute chose » : L’écoute en psychiatrie.

11h30 - 12h20, salle de colloque 2

Si l’hôpital psychiatrique n’est plus l’asile et si, le plus souvent, la démence des hurlements désespérés ne trouble plus le silence « neuroleptisé » des unités de soins et des salles d’attente, d’autres bruits, plus ténus, fantomatiques presque, hantent les couloirs où depuis des années traînent la mélancolie, le délire, l’angoisse usée de vies blessées, solitaires souvent, rabougries, ternes et grises parfois : cliquetis des trousseaux de clés, sonneries incongrues des téléphones portables, éclats de conversations disparates et embrumées…neutralisées. Il y a là, quelque chose d’inhumain, qui, insidieusement, s’est glissé.
Quelques soignants, plus ou moins enthousiastes, tentent de combler le vide intense et dense de cette vie inhospitalière qui pour certains est devenue la norme, le mode d’être. Dans le hall d’entrée, immense et vide, il y a sur la droite une salle de musique avec un piano le plus souvent muet, un atelier d’art plastique, un bureau au sein duquel, un homme, sérieux et assis, qui ne parle jamais et dont on ignore tout, semble attendre indéfiniment quelque chose qui ne vient pas… C’est ici principalement, que se déroulent les activités de l’hôpital de jour et de l’ergo-socio-thérapie, proposées aux patients hospitalisés (paradoxalement soulignons-le) ou à ceux bénéficiant d’une prise en charge ambulatoire (c’est-à-dire hors les murs).
C’est à se demander quel complexe de raisons, quelle poussée profonde de l’intuition a fait qu’un jour, nous avons eu l’idée, incongrue, initialement dénigrée, de mettre en place un atelier hebdomadaire d’écoute de la musique. Un simple moment d’écoute partagée. Aucune hypothèse, aucun projet thérapeutique, aucune théorie grandiose sur la psychothérapie, aucune idéologie faste ou néfaste. Pas de blouse, pas de dossier médical. Rien d’autre que le désir (voire la nécessité) de partager quelque chose, comme un moment d’écoute. Simplement en arrière plan, la pensée phénoménologique du retour aux choses mêmes, du laisser venir ce qui vient, une pensée de l’événement, voire de l’avènement, et une réflexion déjà ancienne sur la phénoménologie du soin.
Et l’inattendu se produisit. Entre l’écoute de quelques morceaux choisis par les patients, la proposition par le médecin (qui jamais ne parle de psychiatrie, mais toujours de musique) , de pièces tirées de l’ensemble des répertoires musicaux (du haut Moyen-Age, à Debussy, en passant par la musique chinoise ou la pop), la présentation des styles, des contextes historiques, des instruments, l’analyse sommaire des morceaux écoutés, l’injonction de ne jamais parler de sa maladie, et d’être là simplement pour une heure, avec l’effort de rester à l’écoute des œuvres et des autres, petit à petit une communauté naquit, non pas une communauté de patients, mais une communauté de découvertes, de naissance d’une passion, du plaisir partagé. A un patient très envahi par un délire très sévère, l’écoute d’une sarabande pour violoncelle de Bach fit dire : « vous m’avez donné cinq minutes de bonheur ». D’autres affirmaient que l’atelier faisait plus d’effet que les médicaments et que cela durait au moins deux jours.

Comment ne pas penser que la musique, dans cet inhumain de l’enfermement de la maladie mentale, apportait de l’humanité, de cette humanité non objectivable, secrète, délicate, qui se tapit au sein de la musique, car celle-ci est sédiment d’humanités vécues singulières de tous les compositeurs et de leur traditions ? Et que, finalement, ce simple geste, qui n’avait aucune prétention thérapeutique, parce qu’il n’était que témoignage et partage, contenait toute une éthique de la caresse, non pas des corps, mais des âmes blessées.

Jean Vion-Dury, Dr. en médecine et en sciences, Maître de Conférences-Praticien Hospitalier (hc), HDR (Site internet : http://sites.google.com/site/jeanviondury/), a dirigé l’Unité de Neurophysiologie, Psychophysiologie et Neurophénoménologie du Pôle de Psychiatrie Universitaire du CHU de Marseille. Spécialisé en neurophysiologie et imagerie cérébrale, se consacre depuis plusieurs années à l’épistémologie des neurosciences et à la phénoménologie. Plus particulièrement il s’intéresse aux contenus de conscience, dans les expériences thérapeutiques (hypnose) mais également dans les expériences d’écoute musicale et plus généralement dans les expériences esthétiques. Il coordonne les travaux de l’Atelier de Phénoménologie Expérientielle (APHEX). Il est éditeur de la revue « Chroniques phénoménologiques ».
Il appartient actuellement à l’ Unité CNRS FRE-2006 PRISM (Perception, Représentations, Images, Sons, Musique) à Marseille. Il a écrit ou édité plusieurs ouvrages spécialisés : Cours de résonance magnétique : Spectroscopie et Imagerie, L’EEG en pratique clinique, La construction des concepts scientifiques : entre l’artéfact, l’image et l’imaginaire, Le plaisir esthétique dans les arts, Neurophysiologie Clinique en psychiatrie, ainsi qu’un recueil de nouvelles : "La veuve du canal".

Gaëlle Mougin, Dr. en médecine, Psychiatre et psychothérapeute (EMDR, Hypnose), prépare actuellement une thèse de philosophie à l’Ecole Normale Supérieure (Ulm, Paris) sous la direction de M. Bitbol et J. Vion-Dury, sur le thème de la « Phénoménologie des vécus de conscience au cours des psychothérapies ». Elle coordonne avec J. Vion-Dury les travaux de l’Atelier de Phénoménologie Expérientielle (APHEX) et est co-éditrice de la revue « Chroniques phénoménologiques ». Ses travaux de recherche sont centrés autour des mouvements de conscience, que ce soit dans l’expérience psychothérapeutique ou dans les expériences esthétiques (musique, peinture etc.). Elle est chercheuse associée à l’Unité CNRS FRE-2006 PRISM (Perception, Représentations, Images, Sons, Musique) à Marseille.

_____ Isabelle Alfandary (Université Sorbonne Nouvelle) _____

Devenir Moise (sous le regard de Sigmund Freud) : le Moise de Michel-Ange

14h00 - 14h50, salle de colloque 2

« Le Moise de Michel-Ange » (1914) est un célèbre essai de psychanalyse appliquée signé par le découvreur de l’inconscient. Dans son texte, ce qui saisit Freud est un double détail élevé en énigme qui aurait pratiquement échappé à l’histoire de la peinture et dont le psychanalyste suppose qu’il relève d’une économie esthético-poétique : la sculpture de Michel-Ange relève pour lui d’un dispositif pulsionnel qui se communique de l’artiste au spectateur. Loin de considérer avec les autres commentateurs unanimes que Moise est sur le point de bondir et de passer à l’action en réaction à la confection par les Hébreux du veau d’or, Freud interprète sur la base d’un détail le geste mosaïque comme celui d’une pulsion étouffée et dominée. Ce dont la pierre de la fameuse statue porte l’empreinte tout sauf maladroite mais exacte est un devenir civilisé, un devenir humain du prophète dont on sait la place qu’il occupe dans l’œuvre freudienne.

Isabelle Alfandary est professeur de littérature américaine et de théorie critique à l’Université Sorbonne Nouvelle. Elle est également présidente de l’Assemblée collégiale du Collège international de philosophie où elle dirige un programme à l’intersection de la philosophie et de la psychanalyse. Spécialiste du modernisme américain, des relations entre psychanalyse, philosophie et littérature, elle est l’auteur de trois monographies : l’une qu’elle a consacrée au poète moderniste E.E. Cummings (E. E. Cummings. La minuscule lyrique. Belin, 2002), l’autre qui a pour sujet la poésie moderniste américaine (Le risque de la lettre : lectures de la poésie moderniste. ENS-Editions, 2012) ; la dernière en date est une lecture des œuvres de Derrida et Lacan envisagées au prisme de la question de l’écriture : Derrida-Lacan : l’écriture entre psychanalyse et déconstruction, Hermann, 2016). Elle prépare actuellement un livre sur le problème de la fiction chez Freud.

_____ François-David Sebbah (Université Paris-Nanterre) _____

Un corps - ici au loin. Rencontre ? (A partir de Merleau-Ponty)

14h50 - 15h40, salle de colloque 2

Longtemps les pensées de Levinas et de Merleau-Ponty m’ont semblé s’éclairer mutuellement au sein d’un violent contraste. La pensée de Merleau-Ponty n’est-elle pas pensée de l’anonymat du Monde là où celle de Levinas désigne la subectivation la plus inouïe comme épreuve de l’altérité d’autrui, toujours singulière, au-delà du Monde ? Ce diagnostic me semble toujours correct mais appeler une réévaluation. En lisant quelques passage de la Phénoménologie de la perception - qui culminent dans la description de mon corps comme oeuvre d’art après avoir exploré phénoménologiquement la notion de schéma corporel - je voudrais aller le plus loin possible dans l’exploration des ressources merleau-pontiennes pour penser vraiment la rencontre avec autrui. On tentera de dégager du même mouvement la singulière figure de l’excès (solidaire de la notion d’horizon), comme la singulière transition du non-humain à l’humain, que nous enseigne Merleau-Ponty.

F.-D. Sebbah est Professeur de philosophie morale contemporaine à l’Université Paris Nanterre où il dirige l’Institut de Recherches Philosophiques (IRePh, EA 373). Il a consacré une part significative de ses recherches à la pensée d’Emmanuel Levinas. De manière plus générale, son travail aborde, depuis le champ de la phénoménologie et de la post-phénoménologie française, divers enjeux éthiques du contemporain (dont certains liés à ce que l’on peut nommer la technoscience).
Parmi ses ouvrages : Levinas, ambiguïtés de l’altérité (Les Belles Lettres, 2000 ; trad. portugaise, Brésil, Estaao Liberdade, 2009) ; L’épreuve de la limite. Derrida, Henry, Levinas et la phénoménologie (PUF, 2001 ; trad. américaine en 2012, Stanford University Press ; trad. japonaise en 2013, Hosei University Press) ; Levinas et le contemporain. Les préoccupations de l’heure (Les Solitaires Intempestifs, 2009) ; Qu’est-ce que la technoscience ? (Encre Marine/Les Belles Lettres, 2010) ; L’éthique du survivant (Presses de Paris Nanterre) à paraître en 2018.

_____ Jean-Michel Salanskis (Université Paris-Nanterre) _____

La part esthétique de l¹humain

16h00 - 16h50, salle de colloque 2

Dans cette intervention, on se demande si l¹art est un des lieux typiques pour vivre notre humanité, s¹il fournit un langage exprimant cette humanité. Pour en juger, on est amené à décrire quelques approches classiques de l¹art par la philosophie française contemporaine, et à lui opposer une approche personnelle, en proposant une ethanalyse de l¹art.
A l¹arrière plan de cette discussion, on distingue trois niveaux de la question de l¹humain : 1) celui de l¹essence humaine ; 2) celui de la norme de l¹humanité ; 3) celui du partage et de l¹expression de l¹humanité. »

Jean-Michel Salanskis : Professeur de Logique, Philosophie des Sciences et Epistémologie à l¹Université Paris Nanterre, il a travaillé dans les domaines de la philosophie des mathématiques, sur la philosophie contemporaine et sur la tradition juive. Parmi ses publications récentes :
« Partages du sens » (Nanterre, Presses Universitaires de Paris Nanterre, 2014), «  Le concret et l¹idéal » (Paris, Klincksieck, 2015) et « Philosophie française et philosophie analytique au Xxe siècle » (Paris, PUF, 2016).


16h50 - 17h30, Discussion

■■■ argumentaire détaillé ■■■

Qu’est ce que l’humain ? Qui est-il ? Comment le rencontre-t-on ? Comment faire sa connaissance ? Quel(s) enjeu(x) nomme(nt) pour nous le mot «  humain » ? Y a-t-il vraiment quelque chose comme « le propre de l’humain » ? Quelle valeur aurait alors pour nous le choix de rattacher quelque chose à notre humanité ?

La réalité humaine glisse entre les mains du savoir. Que reste-t-il en effet de l’humain dans les objets que poursuivent les sciences dites humaines ? N’est-il pas, le plus souvent disséqué en petits morceaux - ses comportements, son langage, sa psyché, etc. - ou au contraire écrasé par des structures totalisantes qui asservissent sa réalité à des fonctionnements macro ?
Comment retrouver la personne, dans son unicité, dans ce qui fait d’elle une entité irréductible ? Comment comprendre l’effort séculaire pour constituer un patrimoine de l’humain, pour partager notre humanité commune ? Comment appréhender le volume d’être individuel, sa matérialité, son épaisseur et ce qui constitue la gravité de son engagement dans le monde ?
Comment rendre compte de ce qui interrompt si radicalement cette continuité personnelle, dans l’expérience de l’altérité d’autrui, dans l’outrage de la violence ou de l’eros ? Comment retrouver la valeur bouleversante de la culture pour chaque monade existentielle ?

Les journées thématiques « De l’humanité de l’humain dans les arts » voudraient interroger l’idée selon laquelle les arts auraient à exprimer quelque chose comme « la réalité humaine elle-même ». En tant que formes originales de pensée – s’hybridant à la matière, à la singularité et à l’outrage – les œuvres pourraient nous mener vers des lieux de sens qui échappent d’abord à l’objectivité et au savoir. Y aurait-il en ces lieux quelque chose comme “l’humanité de l’humain” ? À l’occasion de ces rencontres inter-disciplinaires, arts et sciences auront à unir leurs forces et croiser leurs méthodes pour tenter une réponse.

Toutes les pratiques artistiques peuvent participer à cet effort de recherche : arts plastiques, danse, théâtre, cinéma, lettres, etc., pratiques professionnelles ou amateures, arts modestes, arts appliqués, etc. Plus généralement, il s’agit de créer l’espace de rencontre entre différentes perspectives, différentes disciplines : disciplines artistiques, sciences de l’art, philosophie, esthétique, sociologie ; mais aussi éventuellement des sciences hors SHS : ingénierie de la perception, informatique, etc.

■ Pistes potentielles de recherche :

Sans prétention à l’exhaustivité, nous repérons déjà trois pistes potentielles pour cette recherche. Il ne s’agit ici que de pistes possibles, qui n’ont aucune valeur prescriptive.

1) La personne et la rencontre
Ce premier axe propose d’étudier l’hypothèse selon laquelle, s’il y a quelque chose à connaître de l’humain, c’est dans l’entité de la personne et dans le moment de la rencontre qu’il faut chercher. Parmi la diversité des pratiques artistiques, certaines font explicitement œuvre de mettre en scène l’unicité de la personne et sa fragilité : que ce soit celle de personnes anonymes (comme, par exemple, dans le travail de Christian Boltanski) ou celle de l’artiste lui-même (comme, par exemple, dans le travail de Roman Opalka). La singularité de la personne est aussi liée à l’intégrité de son corps : son volume ou sa surface (comme dans La peau de Thierry Kuntzel), sa résistance à la standardisation (comme dans les performances de Vanessa Beecroft). En quoi les pratiques artistiques peuvent-elles nous guider vers une entente de ce qui fait l’ancrage de l’humanité en la singularité de la personne ?
La personne est aussi celle que l’on rencontre, celle avec qui s’ouvre le discours, celle avec qui on entre en relation. L’art en tant que pratique sociale est en lui-même une pratique de la rencontre. Si l’humanité de l’humain se laisse approcher dans de telles relations, que peuvent nous apprendre spécifiquement les rencontres “artistiques” : la communion d’un “faire public”, l’empathie d’une rencontre entre le spectateur et l’artiste, les œuvres participatives, etc. ? De plus, certaines pratiques cherchent à mobiliser ou à construire une esthétique de la relation même : par exemple une esthétique de la convivalité (comme dans l’œuvre La salle du monde de Raoul Marek), ou encore une esthétique de l’intimité de la relation (comme dans certaines œuvres de Sophie Calle). Les explorations artistiques touchant aux modalités et au sens de la rencontre n’apporteraient-elles pas une lumière nouvelle sur ce qui ferait la qualité proprement humaine de la relation sociale ?

2) L’art et l’excès
Ce deuxième axe de recherche propose d’explorer l’idée suivant laquelle l’humanité de l’humain se laisserait plus facilement approcher dans les expériences de l’excès - ou dans ce qui excède l’expérience - et que les arts pourraient être de bons guides pour ces territoires où les sciences – parfois pour de solides raisons épistémologiques – n’osent s’aventurer. Par excès, on peut entendre d’abord ce qui dépasse la raison : la violence et la cruauté, la passion de l’eros, la foi, l’obscénité, le cri, la douceur, etc. Et nombreuses sont les pratiques artistiques qui font de ces territoires de l’excès le champ de leurs explorations. On peut également penser à un excès qui se cacherait derrière la pudeur et dans l’expressivité du geste artistique même, comme si “l’art lui-même” était “par essence” un excès. Les pratiques artistiques - lorsqu’elles nous pousseraient proche du bord de la conscience - nous inviteraient-elles à situer l’humanité de l’humain dans cette disposition à accueillir l’excès, à vivre dans sa proximité ?
Cependant, lorsque les formes artistiques sont des fictions, des re-présentations, lorsqu’elles attendent toujours un retrait, un décalage par rapport à l’urgence du quotidien, on pourrait penser que c’est bien plutôt la réalité du réel qui est en excès par rapport au suspens de la contemplation. On pourrait défendre l’idée suivant laquelle la pratique artistique se nourrit précisément de réduire l’urgence du réel, de montrer les formes dans leur pureté de forme, alors démunies de l’enjeu de sens qui, dans le fait humain, les traversent toujours déjà. Devrait-on penser que l’art nous dissimule l’humanité de l’humain ?
Et que penser alors des tentatives d’unifier l’art et la vie ? Que penser des arts engagés ? Que penser encore des micro-esthétiques du quotidien ? N’atteindrait-on pas un point où on ne saurait plus bien ni pourquoi ni comment séparer l’art et la vie ? Trouverait-on alors en cette inséparabilité même – en cette connivence entre le réel et l’imaginaire – quelque chose de proprement humain ?

3) Les formes de l’art : entre humain et non-humain
Le troisième axe voudra interroger la possibilité d’approcher l’humanité de l’humain à partir précisément de ce qui ne serait pas humain, soit ce qu’on pourrait appeler le non-humain. On pourrait considérer d’abord que l’œuvre d’art – qu’elle soit une chose matérielle, un geste, une partition, un texte – est comme une sorte d’objet et qu’elle se situe d’emblée dans une certaine extériorité par rapport à l’humain qui l’a produite. De même, si l’on considère l’œuvre non pas comme un objet mais comme un dispositif, un ensemble de relations, on pourrait défendre l’idée selon laquelle il en passe toujours, dans les pratiques artistiques, d’un commerce entre l’humain et son extériorité. Mais n’y a-t-il pas encore, dans le non-humain de l’œuvre d’art quelque chose comme la trace de l’humain ? Comment expliquer, par exemple, qu’il semble aller de soi que l’on qualifie de crime les destructions d’œuvres d’arts auxquelles s’adonne l’état islamique ? N’y aurait-il pas, dans cette résolution à conserver l’art, à l’intégrer comme un élément insigne de la culture, l’indice que quelque chose de propre à l’humanité de l’humain serait contenu dans les œuvres ?
Y aurait-il alors à penser comme une éthique des œuvres d’art ? Et si oui, que nous apprendrait-elle sur l’humainté de l’humain et sur sa disposition à s’externaliser et à s’inscrire dans la matérialité du non-humain ? Peut-on aller jusqu’à imaginer que l’externalisation de l’humanité de l’humain dans le non-humain serait une condition nécessaire de l’humanité elle-même ?
Et que penser alors d’éventuelles formes d’art purement non-humaines, comme par exemple les formes produites par les animaux non-humains (ou par des machines autonomes) ? Il est sans doute légitime de parler de danse ou de chant pour les pratiques animales. Aussi, l’étude de ces comportements pourrait-elle nous aider à ditinguer, en creux, une dimension proprement humaine des pratiques artistiques de notre espèce ? Ou est-ce que, dans la complexité de nos systèmes écologiques, essentiellement constitués de relations, la distinction entre l’humain et le non-humain finirait par perdre toute légitimité ?