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Thème 4 : Épistémologies des pratiques : recherche, action et création

Responsables : Christine Esclapez et Jean Cristofol

publié le , mis à jour le

Résumé :

Cette thématique a pour enjeu l’étude des pratiques de recherche, de création et d’action dans le champ des arts. Elle considère les pratiques comme des espaces d’expérimentation, d’émergence de sens et de valeurs, d’élaboration de démarches poétiques, critiques, sociales. Elle leur reconnaît la valeur de processus exploratoires qui engagent des savoirs et qui développent des démarches heuristiques. Dans le même sens, elle s’intéresse aux contextes techniques dans lesquels les pratiques se déterminent et s’articulent et, plus largement, elle veut prendre en compte les dispositifs et les agencements à la fois matériels, institutionnels et culturels dans lesquels elles prennent place comme des forces de propositions sensibles et symboliques. Elle reconnait la part de la pratique dans la recherche même, y compris dans sa dimension intuitive et herméneutique comme ouverture et regard sur la production.
À ce titre, elle réfère fortement aux problématiques touchant aux questions soulevées par la recherche-création en arts au niveau international, par exemple elle sera particulièrement attentive aux développements de ce champ sur le sol canadien, où la question de la recherche-création est particulièrement active, depuis de longues années déjà, en arts plastiques et en pratiques cinématographiques notamment ; plus récemment dans le domaine musical (chaire en recherche-création en musique, université Laval à Québec, 2014).

Description :

Le Thème 4 aura également pour objectif de fédérer l’ensemble des autres thématiques de PRISM en proposant une réflexion fondamentale, et plus théorique, sur les enjeux épistémologiques (et méthodologiques) des pratiques de recherche et de création, leurs actions concrètes dans la société contemporaine et dans la relation des Arts (dans leurs pluralités) aux Sciences (dans leurs diversités). A ce titre, le Thème 4 est un espace de réflexion commun qui ne s’ancre pas dans une pratique spécifique mais qui est fondamentalement ouvert sur les pratiques et la pensée qui peut s’y produire.
Trois projets de recherche sont envisagés dans le Thème 4, ainsi qu’un projet inter-thématique (lié à la thématique 9).

1) Interactions : création, action, recherche

Si nous pouvons partir de la distinction classique entre trois domaines de signifiance :

  • la recherche scientifique, académique, universitaire relevant des sciences dites dures ou des sciences dites humaines, appelant donc l’explicitation d’un régime de scientificité, une épistémologie,
  • la création, sensible, expressive, artistique (s’inscrivant dans ou à la marge des disciplines identifiées : cinéma, musique, arts plastiques, arts numériques, arts sonores, etc.),
  • l’action, politique, éthique, sociale, engagée dans l’enjeu d’une transformation concrète du vivre ensemble, … Il n’en reste pas moins que les investigations portées par le Thème 4 de PRISM voudront, précisément, mettre à l’épreuve, mettre en question, l’autorité et la fécondité de tels clivages en interrogeant les possibilités d’hybridation, de dialogue, de circulation, d’information mutuelle entre ces modalités du sens, entre ces champs de pratique. Cette étude critique aura pour enjeu l’étude des nouvelles reconfigurations des modes de connaissance actuels qui rendent poreux et contigus la recherche fondamentale et appliquée ou la théorie et la pratique.

La « recherche-création-action » comme objet de recherche est à concevoir donc dans toute sa complexité. Il s’agira en ce sens de penser les relations, les points de contact, les rapports, les liaisons, les traits d’union, les porosités, etc. entre recherche, création et action et d’en dessiner les contours, les possibles, plus précisément les zones d’émergence théoriques et méthodologiques.

Les questionnements investiront ainsi trois plans :

  • celui des interactions entre les domaines de sens (théorique, éthique, sensible),
  • celui des interactions entre les pratiques et les méthodes,
  • celui des interactions entre les individus en situation de face à face, de dialogue, de rencontre.

C’est ainsi que le projet porté par le Thème 4 de PRISM souhaite étudier à la fois les pratiques de création comme recherche mais aussi les pratiques de recherche comme création. L’action les inscrivant alors dans un territoire, auprès d’acteurs, au plus près des réalités sociales et culturelles de la société contemporaine.

2) L’espace des pratiques comme espace d’interdisciplinarité(s)

On a l’habitude de concevoir l’interdisciplinarité à partir de l’existence de disciplines préalablement constituées dans le champ théorique. Mais, dans la réalité des pratiques, les démarches se construisent sous des formes complexes qui engagent des problématiques, des cohérences, des situations, des points de vue qui ne sont jamais entièrement subsumés dans une discipline. Simultanément, elles génèrent des relations avec des environnements, des contextes, des techniques, des savoirs et des enjeux qui ne sont pas réductibles à une seule grille de lecture.
Ici s’ouvre un espace d’une grande richesse où se jouent les relations de l’acte individuel et de l’existence collective, des enjeux artistiques et de leur horizon de signification, de l’engagement d’une forme dans l’épaisseur de la réalité qui y répond. C’est aussi un espace où s’exercent des formes de savoir particulières, fortement individualisées, où se condensent des opérations et des mémoires, où s’éveillent des expériences esthétiques ou des vécus partageables. Par exemple la situation de l’écoute, si importante dans la pensée contemporaine de la musique et de la création sonore, ne peut se penser que dans la référence à des pratiques qui lui donnent un sens en même temps qu’elle les rend possibles. De la même façon, les pratiques artistiques qu’on a pu appeler « contextuelles » ne peuvent se concevoir que par leur capacité à « activer » la complexité des situations qu’elles rendent perceptibles. Ou encore, la relation entre arts et sciences ne peut se réduire à un jeu d’applications, d’emprunts ou d’instrumentalisation des uns par les autres, mais elle trouve sa force dans la capacité qu’elle a de faire apparaître une expérience complexe qui questionne certains des aspects de la réalité contemporaine.
L’interdisciplinarité a donc beaucoup à gagner à se concevoir non seulement comme un jeu entre les disciplines, mais aussi comme une confrontation et une émulation dans ou par la pratique.

3) Un point de vue épistémologique émergent

La question de l’émergence — si elle est une question transversale et transhistorique fondamentale — n’en est pas moins une question délicate. L’émergence est un concept philosophique et scientifique qui interroge la façon dont nos savoirs se constituent et sont acceptés au point de devenir sinon fixes tout au moins communs. Il interroge également – de façon plus large - la question de la fabrique du « nouveau ». Il s’agira ici d’activer un point de vue épistémologique sur des savoirs émergents, c’est-à-dire sur des savoirs instaurés par les situations et les pratiques telles qu’elles se produisent en live, en acte. Dans le monde artistique et scientifique actuel, on assiste en effet à l’émergence de cadres de pensées et d’action favorisant la porosité entre théorie et pratique, objectif et subjectif, pensée réflexive et pensée scientifique ou même entre recherche et création. Il s’agira de développer un point de vue épistémologique qui puisse penser autrement ce mouvement encore difficilement discernable qui favorise des formes neuves de l’in-discipliné, ou même de l’intertextualité. Il s’agit ainsi (1) de penser l’émergence comme un lieu de débat, d’aventure, d’erreur, d’inutile, de dialogue entre des formes différentes de culture scientifique — de prise en compte de l’altérité et (2) de questionner la notion de « point de vue » non comme le lieu du relativisme (de la fragmentation du savoir) mais comme un espace de rencontre où chercheurs comme créateurs se permettent d’inventer un espace commun (lieu de l’élaboration progressive des savoirs) où productions artistiques et productions scientifiques s’accompagnent dans un mouvement mutuel d’exigence et de générosité.

4) Historicité des pratiques de recherche, création et action

Les recherches du Thème 9 entrent en interaction avec le Thème 4 dans la mesure où elles interrogent via la notion d’émergence la fabrique du « nouveau », ou plutôt de l’invention que nous concevrons également en interaction avec la question de l’oubli et de la mémoire. En effet, les questions touchant à l’historicité et à l’actualité des pratiques de recherche, de création et d’action, en ces 1ères décennies du XXIe siècle, réactivent aussi du « déjà-connu », privilégiant un discours ex materia (non ex nihilo). Il s’agira donc de les penser comme étant possiblement et aussi une "rénovation", une « réactualisation », une « reconfiguration »…

Comme le souligne Patrick Juignet (2015) : « Le concept d’émergence est sujet à controverses. Il est employé dans des acceptions diverses, dont certaines sont floues, et à des occasions sans commune mesure les unes avec les autres. Il est aussi dénoncé comme obscur et sans fondement par une partie de la communauté scientifique. Pourtant, c’est un concept intéressant et porteur d’avenir, car il permet une conception diversifiée du monde. Son adoption pourrait conduire à un changement de paradigme à la fois sur le plan philosophique et sur le plan scientifique ». JUIGNET Patrick. Le concept d’émergence. Philosophie, science et société [en ligne]. 2015. http://www.philosciences.com