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Thème 9 : Nouveaux auditoriums, nouveaux instruments et pratiques d’écoute

Responsable : Peter Sinclair

publié le , mis à jour le

Résumé :

Ce thème est concerné par les pratiques liées aux technologies de production et de diffusion sonore émergentes et leurs pouvoirs d’invention et transformation :

Le terme Auditorium est pris ici pour designer les différentes façons dont une audience partage une écoute. Au-delà des seuls espaces physiques comme les salles et les places publiques, nous incluons la radio, le streaming et les mondes virtuels. Nous nous intéressons également aux problématiques liées aux modes de diffusion : l’écoute au casque et la diffusion spatialisée multi-haut-parleur par exemple. Les Instruments sont considérés ici à partir de l’ensemble des dispositifs capables de générer, modifier et de transporter le son. L’organologie d’aujourd’hui doit prendre en compte aussi bien l’instrument dans sa forme physique que dans sa forme virtuelle. Elle doit considérer la multiplication des appareils portatifs et interactifs, ainsi que leur intégration dans des nouveaux auditoriums qu’offre l’internet.
La recherche dans ce thème est fortement pluridisciplinaire. Elle intègre la recherche fondamentale acoustique (traitement de signal) dans des projets de recherche création tels que New Atlantis et Numeris. Une autre spécificité de l’approche sera d’intégrer la pratique du public dès la phase de conception et de recherche : l’audience n’est plus seulement la cible ou la destination de l’innovation et de la composition musicale, mais aussi un partenaire actif, impliqué dans les laboratoires de la création musicale.

Description :

1) Nouveaux Auditoriums

Si les nouveaux auditoriums ouvrent potentiellement un vaste terrain, nous concentrons la recherche sur un ensemble de points qui apparaissent comme complémentaires. Ainsi nous intégrons de la recherche fondamentale sur la synthèse, la spatialisation et la compression dans des plateformes éducatives dédiées à la création audio-graphique et autres espaces collectifs partagés en ligne.

New Atlantis
New Atlantis (La Nouvelle Atlantide) est un univers virtuel partagé en ligne (multi-utilisateurs), dédié à l’expérimentation et à la création sonore. Contrairement à la plupart des univers virtuels où l’image prime, dans New Atlantis, c’est le son qui est mis en avant. New Atlantis apporte un cadre ouvert pour des projets d’enseignement et de recherche à l’attention d’étudiants en nouveaux médias pour explorer les relations entre le son, l’image 3D et l’interactivité. Il offre une plateforme pédagogique pour l’animation audiographique, la synthèse sonore en temps réel reliée à la physique des objets et la simulation acoustique. Ce projet est mené depuis 2007 par Locus Sonus en collaboration avec des partenaires académiques internationaux : SAIC (School of the Arts Institute Chicago), RPI (Rensselaer Polytechnic Institute, Troy USA) et ENSCI (Ecole Nationale Supérieure de Création Industrielle, Paris). Il s’agit d’un ensemble d’espaces permettant d’organiser des installations sonores virtuelles, des concerts en ligne, des promenades sonores et d’autres expériences audiovisuelles. Depuis une décennie, le groupe audio du LMA recherche une nouvelle façon de construire la synthèse à partir de l’identification de structures sonores ; des invariants morphologies significatifs du point de vue de notre perception (voir Thème 1) . Une des conséquences de cette recherche est la possibilité de créer de manière simple et intuitive des sons de synthèse corrélés avec un objet 3D virtuel (même lorsque l’objet et le son de cet objet sont inouïs), en interaction avec le jeu. L’intégration de ce synthétiseur dans l’univers New Atlantis étendra considérablement ses possibilités sonores et en retour, fournira des témoignages précieux de la part des designers et autres utilisateurs. New Atlantis est désormais l’objet d’une recherche partagée par le groupe audio du LMA. Avec Locus Sonus les deux équipes bénéficient de financements de l’accord cadre MCC / CNRS. Le projet est également intégré au projet Européen MAPPING présenté par QMUL.

Locus stream project
Le projet Locustream est un réseau de microphones ouverts qui « streament » des environnements sonores, en direct à partir de lieux parsemés autour du globe, via notre serveur internet dédié. Nous développons et fournissons la technologie, le cadre et le support techniques pour l’ensemble du projet. Les microphones sont entretenus par ceux que nous appelons les « streamers », c’est-à-dire de nombreux artistes (sonores) et musiciens, des groupes de recherche en sound studies (SARC Queens University Belfast, University of Tokyo, Stanford University (JRPB)…). Cette plateforme est le support d’une grand diversité de formes artistiques, musicales et bio acoustiques qui regroupent des questions sur nos conceptions de l’espace, de la composition et de l’écoute. Elle est également le lieu de développements de nombreux outils en lien avec la captation sonore, le streaming et la diffusion spatiale (Locus sound map, Locus cast, Locus streambox, liveSHOUT, etc.).

Représentations et algorithmes pour le stockage et la transmission de données audio spatialisées
Un des défis majeurs liés au développement de nouveaux environnements d’écoute spatialisés est l’augmentation exponentielle du volume des flux de données, ce qui posera inévitablement des problèmes de stockage et de transmission. L’accès temps-réel (le streaming), qui se confirme comme une tendance de fond dans les nouveaux usages des technologies numériques, deviendrait problématique en particulier sur les terminaux mobiles. La solution envisagée consiste à s’appuyer sur des connaissances psycho-acoustiques sur la perception spatialisée pour représenter de manière efficace les flux de données (éventuellement par compression irréversible). Une telle approche ne saurait être envisagée indépendamment des usages des sons spatialisés, en termes de configuration de reproduction sonore mais aussi en termes artistiques. Il est envisagé de répondre à un appel à projet ANR en partenariat avec le laboratoire LTCI de Télécom ParisTech sur ce thème.

Perception de l’espace sonore 3D – le cas des sources mobiles
Les environnements d’écoute spatialisés posent des problèmes liés à la perception de l’espace sonore et aux protocoles expérimentaux aptes à caractériser l’immersion au sein des différents systèmes de reproduction. Si de nombreux travaux permettent aujourd’hui de caractériser les potentialités de localisation de sources virtuelles statiques, peu d’études s’intéressent au cas de sources mobiles. Cette situation représente pourtant un énorme défi pour les applications liées à l’immersion sonore (réalité virtuelle, cinéma 3D, jeux vidéos, etc.) mais aussi pour des études plus fondamentales telle que l’influence de l’espace sonore mobile sur la posture. Pour cela, nous développerons des protocoles expérimentaux basés sur l’utilisation d’un système d’immersion sonore VBAP 42 sources ou HOA d’ordre 5. Il s’agira de mesurer la capacité de tels systèmes à engendrer une représentation mentale des trajectoires virtuelles de sources sonores et de comparer leurs aptitudes à produire une sensation d’immersion cohérente avec les attentes perceptives.

L’épistémologie des auditoriums étendus (en lien avec le Thème 4)
Les nouveaux auditoriums engagent une grande variété de situations et de démarches qui peuvent nourrir une réflexion sur les techniques, les processus de production, la place des acteurs et des participants, la nature des expériences proposées. Les configurations qui s’y trouvent mises en œuvre, dans leur diversité, supposent de développer des approches théoriques appropriées qui peuvent fournir une base pour mettre à l’épreuve les concepts utilisés pour penser ces ensembles complexes qu’on appelle dispositifs, instruments, organologie, etc. Il est nécessaire d’ouvrir des recherches théoriques qui accompagnent et croisent les explorations pratiques développées dans des processus de réalisation (comme c’est le cas du projet de microphones ouverts LocusStream), qui se présentent comme des formes en mouvement, donnent lieu à des états successifs comme autant de modalités d’existence (à la fois techniques et artistiques), mais aussi à des utilisations par des acteurs (artistes, musiciens, auteurs, etc.) différents qui en intègrent les moyens et les possibilités dans leurs démarches particulières.

2) Organologies et pratiques des nouveaux instruments

Ici, nous engageons deux approches méthodologiques complémentaires. L’une, organologique, consiste à identifier, relever et classer les nouveaux instruments et leurs usages. L’autre porte davantage sur la création de nouveaux instruments (électroniques, informatiques mais également acoustiques) et la création de nouvelles sonorités à partir des instruments existants (amplification, transformation, échantillonnage). Nous sommes face à une explosion de la créativité instrumentale, facilitée par les réseaux sociaux, la dé-hiérarchisation des arts, la diversité des « concerts », en particulier dans les espaces non consacrés, et par l’offre de production (en dehors de l’industrie musicale) : création, bricolage, hybridation d’instruments par les compositeurs, les plasticiens, les amateurs, tant dans les sphères populaires que savantes, s’exposant dans des lieux repérés ou dans le quotidien. L’organologie d’aujourd’hui doit prendre en compte aussi bien l’instrument dans sa forme physique que dans sa forme virtuelle. Elle doit considérer la forte apparition des appareils portatifs et interactifs ainsi que leur intégration dans de nouveaux auditoriums via l’internet.

Instrumentarium et notation
A) Nous proposons de réaliser, sous forme de base de données, sur un site internet collaboratif à comité scientifique : (1) un inventaire raisonné a) des nouveaux instruments « physiques » (et/ou en relation avec les dispositifs électroniques) ; b) des nouveaux modes de jeux. (2) Nous proposons de réaliser conjointement et suivant les mêmes modalités, un inventaire des nouvelles notations liées aux modes de jeu, pratiques instrumentales et au nouvel instrumentarium.
(B) une analyse critique en lien avec ces nouvelles organologies, cherchant à comprendre comment le concepteur, l’artiste, le scientifique interagissent pour créer de nouveaux paradigmes de fabrication, de perception et de représentation. Cette approche sera utile pour les musiciens, compositeurs et instrumentistes, et les artistes, afin de leur donner un premier catalogue interactif des pratiques contemporaines et une réflexion critique sur ces nouvelles pratiques instrumentales.

Nouveaux instruments et facture numérique
Nous proposons une pratique expérimentale de la reconstruction d’instruments anciens d’une part, et d’autre part de l’invention d’instruments expérimentaux, faisant appel aux technologies les plus en pointes (imprimante 3D, informatique intuitive, etc.).

En parallèle, nous nous intéresserons à la facture virtuelle qui consiste à reconstituer par le biais des samplers, et « plugins » VST, un instrument existant, mais également à créer un instrument totalement nouveau. En effet, la production musicale moderne, notamment pour le cinéma, fait un usage intensif d’outils de synthèse sonore pour la simulation instrumentale numérique. Même si de nombreux travaux de recherche proposent des solutions optimisées pour la modélisation physique, ce type de technologie reste encore marginale. L’esthétique de la synthèse instrumentale est encore fondée sur l’échantillonnage d’instruments réels, qui nécessite la constitution d’une base de données de tous les modes de jeu, variant dynamique et articulation sur l’intégralité de la tessiture de l’instrument.

Nous envisageons de constituer une bibliothèque d’instruments virtuels (Numéris), sous forme de modules Kontakt de Native Instrument, qui seront associés à leur mise en œuvre dans un contexte musical donné. L’objectif de Numeris est multiple : Il s’agit, d’une part, de mener une réflexion sur l’indexation multicritère, relatives aux échantillons sonores eux-mêmes (catégorisation du timbre), aussi bien qu’au contexte musical dans lequel ils sont intégrés (mode de jeu, style musical, etc.). D’autre part, et d’un point de vue musicologique, il s’agit de questionner l’interaction entre la lutherie physique et sa réinterprétation par l’outil numérique. Ces re-créations permettraient un accès plus aisé à des d’instruments musicaux rares et historiques. Elles offriraient de nouvelles perspectives de créations musicales en ouvrant les possibilités timbrales pour des compositeurs. La reproduction n’est pas un simple artefact mais un véritable outil numérique au service à la fois de la reconstitution organologique (dans sa dimension archéologique) mais également pour la nouvelle création.

Un autre volet consiste à expérimenter les possibilités musicales et sonores offertes par les appareils portatifs tels que les Smartphones pour investiguer les changements de paradigmes liées au fait de générer, traiter ou sélectionner des sons en fonction de la mobilité de l’utilisateur ou musicien. Nous préconiserons le développement de programmes prototypes (projets artistiques individuels) avec l’environnement de programmation libPd mettant l’accent sur la captation/transformation en temps réel, le mouvement, la géolocalisation, la transmission et la réception.

Aujourd’hui les lignes de démarcation entre auteur et utilisateur, entre auditeur et musicien, sont des valeurs variables. Les nouveaux auditoriums et les nouveaux instruments impliquent également de nouveaux comportements et de nouvelles formes de participation. Nous considérons qu’il est utile et nécessaire d’évaluer la réception et les impacts de nos recherches. Nous nous interrogerons sur l’impact des processus collaboratifs qu’impliquent les pratiques numériques entre chercheurs, artistes et publics. L’objectif est d’évaluer les apports que chaque démarche (scientifique, artistique, amateur-citoyenne) apporte aux autres. Nous verrons comment ces processus collaboratifs bouleversent les champs disciplinaires, les points de vue et les formes d’autorité qui organisent notre recherche et notre pratique et conduisent à repenser de manière créative de nouvelles formes de rencontres entre les disciplines scientifiques, et entre celles-ci et les non-spécialistes.